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Actualités au Sénégal - juin 26, 2019

SÉNÉGAL/Concours général : Pourquoi l’image continue de s’effriter

Cette année, des épreuves de Maths puisées dans le Net ont poussé parents et candidats à demander la reprise de l’examen. Mais, au-delà, un tel manquement met à nu les fausse-notes de cette très sélective compétition nationale mettant aux prises les cracks des classes de Première et de Terminale du pays. « L’Observateur » a mené l’enquête.

Les mots s’entrechoquent dans les parois de son cerveau. Mais, sa langue trop sèche ne laisse pas glisser sa pensée. A coup sûr, le manque de sommeil, combiné à la pression de l’examen, renseigne sur l’attitude lasse de Ndèye Fatou. La crack de la Terminale S1 A, avec une moyenne de 14 glanée au premier semestre, défend les couleurs du Lycée Seydina Limamoulaye au très sélect Concours général 2019. Physique filiforme contenu dans une blouse rose, surmontée par de longues mèches bouclées, elle franchit le portail de la salle d’examen et s’attèle à ranger stylos et feuillets dans une sacoche en cuir.

La candidate de Limamou est du genre taciturne. Avare en mots. Et quand elle se décide enfin à briser le silence, sa voix frémissante laisse échapper un son presque inaudible. « Ces épreuves de Maths reprises sont longues et presque inabordables. On nous a donné 6H, mais ce temps était trop court », lance-t-elle, brève. Puis sans tarder, elle tourne le dos, endosse son sac et file tout droit vers un petit couloir du Lycée, loin des indiscrétions. Comme Abdoulaye et Daouda, Ndèye Fatou fait partie des rares cracks qui participent à cette compétition nationale très prisée, récompensant les meilleurs élèves de Première et de Terminale du pays.

Manquements graves sur l’épreuve de Maths des classes de Terminale

Seulement, cette année, le très sélectif Concours général est terni par des manquements graves notés sur l’épreuve de Maths proposée aux élèves de Terminale, le 6 mai dernier. En effet, le premier exercice noté sur 7 points a été téléchargé par les Inspecteurs généraux en Mathématiques en charge de la confection des sujets d’examen et concours dans la discipline, à partir du site CAPES France 2012. À la grande surprise, des candidats au concours ont pu accéder à l’épreuve et au corrigé de l’exercice via Internet. En outre, un autre exercice, noté sur 5 points et portant sur la Probabilité, a comporté des erreurs de formulation, qui l’ont rendu infaisable.

Pis, des erreurs constatées dans l’exercice de Probabilité ont été déjà corrigées dans certains centres et non dans d’autres. Et lorsque certains élèves en ont eu vent, après le déroulement du concours, ils ont alerté leurs parents qui ont pris leur courage à deux mains pour demander l’annulation pure et simple de l’épreuve et sa reprise éventuelle. Jeudi dernier, ils ont obtenu gain de cause. L’épreuve de Maths a été reprise sur l’ensemble du territoire national. Au grand bonheur des candidats et parents.

Entre fuites à la pelle et triche, « le concours n’a plus sa raison d’être »

Monsieur Fall ne cache pas sa joie. Professeur de Maths au Lycée El Hadji Ibrahima Diop de Yeumbeul, il se réjouit de cette reprise de l’épreuve. Ce qui va, sans doute, mettre tous les candidats à égale chance. « C’est un mauvais procès qu’on fait aux enseignants. Mais, j’estime que pour un concours aussi sérieux, les collègues devraient être plus rigoureux. En évitant surtout de puiser des sujets sur le Net, à la portée de tous », conseille M. Fall.

Il y a 2 ans, une fuite avait encore entaché la crédibilité du concours. On avait accusé un candidat du Lycée Seydou Nourou Tall d’avoir pu bénéficier des épreuves de Mathématiques via le Net. Des accusations qui avaient terni l’image de cette compétition regroupant la crème de l’Ecole sénégalaise.

Mais, au Lycée Seydou Nourou Tall, l’on réfute toujours en bloc cette « triche ». El Hadji Ousseynou Mbodj, Censeur des Études du Lycée : « L’année dernière, on nous a incriminés à tort d’avoir eu des fuites. Je ne sais pas comment les sujets sont confectionnés. Heureusement, le ministre a démenti cette info. Mieux, il a affecté le professeur incriminé au Lycée d’excellence de Diourbel. »

Désormais, dans cet établissement, le corps administratif et professoral ne se focalise plus sur le Concours général. Parce que, justifie le Censeur des Études, dépité par les accusations de triche de 2017, le concours n’a plus sa raison d’être. « Actuellement, c’est une sélection drastique que font Mariam Bâ et le Lycée d’excellence de Diourbel. D’ici 2 ans, ils vont rafler tous les meilleurs prix », déplore El Hadji Ousseynou Mbodj, le moral au plus bas.

« Même si ces impairs n’ont pas d’impact sur la crédibilité du Concours… »

Accroché dans son bureau, le Proviseur du Lycée Seydina Limamou Laye de Guédiawaye n’est pas sur la même longueur d’onde. Lui croit fermement que le concours général a sa raison d’être et a même gagné en aura. Cela, en dépit des fautes constatées çà et là. Mandao Mbaye : « Personne ne doit douter de la crédibilité du Concours général. Son organisation s’est améliorée et le concours n’a rien perdu de son lustre. C’est l’œuvre humaine, de manière générale, qui n’est pas parfaite, il faut donc relativiser les irrégularités. »

Professeur Sossé Ndiaye est du même avis. « Même s’ils n’ont pas d’impact sur la crédibilité du concours, ces impairs sont des choses à éviter et l’impératif est de faire en sorte que cela n’arrive plus. Il faut plus se focaliser sur comment améliorer et rectifier ces « erreurs » afin qu’elles ne se reproduisent plus. Le Bac comme le concours général sont des épreuves à protéger contre ces impairs car de la crédibilité d’un examen dépend la crédibilité de toute une nation. »

L’argumentaire vaut son pesant d’où la sempiternelle question qui taraude les esprits et qui est de savoir si un sujet du Concours général doit être pris dans le Net, alors que tout le monde y a accès ? El Hadji Ousseynou Mbodj tient sa réponse : « L’Office du Bac doit revoir sa façon de confectionner ou choisir les sujets. Il faut qu’on évite de puiser les épreuves sur le Net. Où tout le monde a accès. » Cela, c’était en toute méconnaissance des prérogatives de l’Office du Bac dont le directeur soutient qu’il n’a rien à voir avec le contenu des examens et concours.

« On a appris que des candidats ont traité les épreuves de Mathématiques »

Pendant ce temps, à Limamou Laye, le longiligne Saliou Thiam donne des ordres aux surveillants afin qu’il ramasse les copies des candidats. Homme de peu de mots, le superviseur du Concours général de l’Académie Pikine-Guédiawaye ne badine pas avec les règles. Aucune dérogation n’est autorisée. « L’heure, c’est l’heure », adresse-t-il, le sourire en coin, à quelques élèves qui rechignaient encore à rendre leurs copies. « Il y a du sérieux dans ce qui se fait. Un bon dispositif est mis en place. Nous avons reçu les sujets de Maths par voie électronique, avec un code de sécurité », clôt-il le débat.

Sous le regard médusé de A. Senghor et B. Ndiaye. Tous deux candidats respectifs des Lycées El Hadji Ibrahima Diop de Yeumbeul et Banque Islamique de Guédiawaye, au Concours général 2019. Pour eux, un seul problème à résoudre : l’équation à double inconnue des épreuves de Maths de la session de remplacement. « On a appris qu’il y a eu des candidats qui ont traité les épreuves de Mathématiques. C’est pourquoi, on a repris cette matière. Cependant, la Géométrie dans le plan, les Suites et Fonctions ne sont pas à la portée de tous », répondent-ils, en chœur.

À l’Académie Pikine-Guédiawaye, 17 candidats venus des Lycées de Thiaroye, de Limamou Laye et de Seydina Issa Rouhou Laye, ainsi que du Lycée El Hadji Ibrahima Diop de Yeumbeul et du Lycée de Pikine, ont participé au Concours général 2019, option Maths. Cette compétition nationale a aussi concerné 16 Académies sur l’ensemble du territoire national, en raison d’une Académie dans chaque région. Sauf la capitale sénégalaise qui, à elle seule, polarise 3 académies, notamment Dakar, Pikine-Guédiawaye et Rufisque.

Source : senego

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