Le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) sont parvenus le 1er septembre à un accord technique sur les contours d’un programme de près de 2,2 milliards de dollars étalé sur 36 mois. Le dispositif, qui doit prendre la forme d’une Facilité élargie de crédit, n’est pas encore définitif : il attend l’approbation du conseil d’administration du FMI.

Le Fonds conditionne aussi cette étape à l’adoption de mesures correctrices concernant les déclarations erronées relevées par le passé, ainsi qu’à la réception d’assurances de financement. Le programme vise notamment la stabilité macroéconomique, la viabilité de la dette, la réduction des fragilités budgétaires et extérieures, le renforcement des dépenses sociales et l’appui à une croissance davantage portée par le secteur privé.

Le poids de la dette au cœur du dossier

La reprise des discussions intervient après la réévaluation des finances publiques menée par les nouvelles autorités. La dette publique au 31 décembre 2023, auparavant annoncée à 74 % du produit intérieur brut, a été portée à près de 99,7 % du PIB, soit 18 559 milliards de francs CFA. Le précédent programme de 1,8 milliard de dollars conclu en 2023 avait ensuite été suspendu.

Edward Gemayel, responsable de la division Afrique du FMI, a confirmé au quotidien Le Monde l’existence de 7 milliards de dollars de dettes cachées accumulées entre 2019 et la fin de 2023. L’écart entre les données initialement communiquées et la dette réelle a été chiffré à 25,27 %.

Le ministre de l’Économie et des Finances, Cheikh Diba, a par ailleurs indiqué que les seuls intérêts absorbent 25 francs CFA sur chaque tranche de 100 francs CFA de recettes publiques.

Un plan national de traitement de la dette

En parallèle de l’accord technique, Cheikh Diba a annoncé un Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS). Le gouvernement le présente comme une démarche destinée à alléger les contraintes de liquidité, améliorer le profil de la dette, régler progressivement les créances dues aux entreprises et préserver la capacité d’investissement de l’État.

La qualification de cette opération fait débat. Jeune Afrique évoque une restructuration de la dette extérieure, qui exclurait la dette libellée en francs CFA. L’économiste Seydina Oumar Seye estime également que le mécanisme s’apparente à une restructuration, avec cette exclusion visant à préserver le marché financier régional et à éviter une crise bancaire au sein de l’UEMOA.

Une demande de transparence

Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, a demandé la publication du mémorandum de politiques économiques et financières négocié avec le FMI, ou sa transmission aux députés. Le think tank LEGS-Africa appelle lui aussi à rendre publics le périmètre des créances concernées et les mesures fiscales et budgétaires associées.

Pour Elimane H. Kane, président de LEGS-Africa, l’accord constitue un appui utile mais ne règle pas durablement, à lui seul, la crise de la dette. Seydina Oumar Seye juge de son côté que son efficacité dépendra de la mise en œuvre du PTDS.